La fièvre du cheval
J’ai déjà parlé de cette maladie peu banale et qui frappe les gens de chevaux : la chevalite aigue récidivante (Cf. « Drogue douce » du 29/01/06). Et bien, j’ai découvert un malade atteint des mêmes symptômes que moi. Je ne suis donc pas seule. Non pas que j’en doutais mais presque.
Un soir donc, blottie au fond de ma couette, je commençais le livre que je venais d’acheter, le dernier Jérôme Garcin : « Cavalier seul ». Écrit comme un journal, il raconte, au fil des jours, ses instants équestres vécus, ses moments, parfois intimes, qui le lie et le relie au cheval. Idée intéressante et peu banale dans un univers de livres peu passionnants sur ce sujet qui nous anime tant, pourtant.
Je n’avais pas lu deux pages de son introduction que déjà je tombais sur ce paragraphe : « Entre-temps, j’ai attrapé une maladie vieille comme l’humanité et contre laquelle n’existe, à ce jour, aucun remède. Ceux qui ont été épargnés en sourient, parfois s’en gaussent. Ils ont tort. Elle paraît en effet anodine, négligeable, divertissante, elle est insidieuse, exigeante, avant de devenir tyrannique. […] Elle est effrayante et magnifique, il arrive qu’on en meure. C’est la fièvre du cheval.
Jour après jour, elle dévore. J’ai essayé en vain de lutter. Maintenant, soumis, je me laisse faire. Je m’applique, et m’amuse seulement à la domestiquer. Je lui cède en selle, elle me poursuit à pied, jusque dans la grande ville où elle ne manque jamais une occasion de me narguer et si, d’aventure je la dédaigne, de me persécuter. »
Troublée, je relus deux fois les paragraphes et me rendis compte que l’on parlais du même mal avec les mêmes symptômes, les mêmes souffrances, les mêmes obsessions. Nous sommes contaminés, liés par la même bête, massive, envoûtante, sensuelle, intriguante. Je ne suis donc pas la seule à être obsédée. Je me suis demandé pourquoi une telle attirance pour un animal. Physiquement harmonieux, équilibré, moralement stable, réfléchi, naturellement curieux et sociable, le cheval a beaucoup d’atout pour lui. Il ne faut juste pas oublié qu’il pèse 350-400 kg en moyenne et nous dépasse largement de quelques têtes. Il est impressionnant et, sans remonter jusqu’à l’ère où l’homme l’a domestiqué, de nos jours, certaines personnes ont peurs et craignent l’animal. A tord, on le sait, puisqu’il craint plus qu’il n’impressionne.
Pour ma part, puisque chacun a son explication sur l’origine de sa passion, j’ai toujours été attirée par la communication, parfois complexe, et les rapports simples qui peuvent s’établir entre un animal et un humain. Nous sommes souvent prétentieux sur notre intelligence et la prenons donc en exemple. Certes, je ne remettrais pas en cause notre supériorité ou notre différence, là-dessus. Cependant, nous ne sommes pas les rois de la communication, quoi qu’on en fasse et qu’on en dise, et nous aimons faire les choses le plus vite possible sans prendre le temps suffisant de comprendre. Nous avons besoin d’explication et l’on ne cherche pas toujours à trouver par nous-même. Le cheval, tout être vivant qu’il est, n’échappe pas à la règle. Je ne suis pas une experte, loin de là et est beaucoup de chose à apprendre. Néanmoins, j’éprouve, et est toujours éprouvé, un immense plaisir à communiquer, à comprendre le fonctionnement d’un équidé. Comment vit-il, comment réagit-il, comment me faire comprendre de lui, comment le satisfaire et surtout je me suis souvent mis à sa place. Pour lui, nous ne sommes certainement que des bâtons avec des bras et des jambes qui hurlent et braillent sans cesse, gesticulent sans cohérence et de façon désordonnée, bref, très difficile à cerner… Et là, nous devons faire appel à notre intelligence pour se mettre à leur niveau pour se connaître et se comprendre. Le cheval est pacifiste et en tant que tel ne cherche pas la confrontation. C’est dans ce sens que nous nous devons d’essayer de se remettre en question lorsqu’une réponse a mal été donnée à l’une de nos demandes.
Bref, je ne peux m’étendre plus sur le sujet pour lequel il y aurait tellement de chose à dire. Cependant, je trouve dommage que des professionnels nous apprennent ce que notre bon sens pourrait instinctivement découvrir. Lors de mes premiers cours d’équitation, je venais au moins une heure avant ma leçon afin de faire connaissance avec le cheval que j’allais monter. J’en avais besoin pour me rassurer et lui aussi. Je prenais le temps de me présenter à lui, le penser, l’harnacher. Je ne concevais pas de ne pas faire ce minimum et je détestais monter un cheval sellé derrière quelqu’un d’autre. Puis, après le cours, je prenais un plaisir infini à m’occuper de lui, le soulager des compressions subis par le harnachement, lui doucher les membres pour le rafraîchir par grande chaleur, et summum du plaisir, prendre du temps pour l’emmener brouter de l’herbe qu’il n’avait pas grande occasion de savourer durant les mois d’été. Cela me paraissait tout naturel de le faire et pourtant bien d’autre n’y pensait même pas.
Aujourd’hui encore, j’aime prendre mon temps, au grand désarroi de mes amis cavalier qui, sans cesse, m’attendent, pour le confort de mon cheval mais aussi pour le plaisir de la complicité. Et l’on est vite récompensé lorsque ce même cheval, le grattant au garrot avec l’étrille, tourne sa tête vers moi, durci sa lèvre supérieure et se met à me gratter à son tour, n’y mettant jamais les dents. Parfois même, c’est lui qui me le demande, esquissant le geste vers mon bras pour que je le gratte là où il lui plaira. Instant de simple connivence, d’amitié sincère, plaisir divin, même si je n'aime pas forcément que l'on me gratte l’épaule ou le coup avec une râpe à fromage...
Un soir donc, blottie au fond de ma couette, je commençais le livre que je venais d’acheter, le dernier Jérôme Garcin : « Cavalier seul ». Écrit comme un journal, il raconte, au fil des jours, ses instants équestres vécus, ses moments, parfois intimes, qui le lie et le relie au cheval. Idée intéressante et peu banale dans un univers de livres peu passionnants sur ce sujet qui nous anime tant, pourtant.
Je n’avais pas lu deux pages de son introduction que déjà je tombais sur ce paragraphe : « Entre-temps, j’ai attrapé une maladie vieille comme l’humanité et contre laquelle n’existe, à ce jour, aucun remède. Ceux qui ont été épargnés en sourient, parfois s’en gaussent. Ils ont tort. Elle paraît en effet anodine, négligeable, divertissante, elle est insidieuse, exigeante, avant de devenir tyrannique. […] Elle est effrayante et magnifique, il arrive qu’on en meure. C’est la fièvre du cheval.Jour après jour, elle dévore. J’ai essayé en vain de lutter. Maintenant, soumis, je me laisse faire. Je m’applique, et m’amuse seulement à la domestiquer. Je lui cède en selle, elle me poursuit à pied, jusque dans la grande ville où elle ne manque jamais une occasion de me narguer et si, d’aventure je la dédaigne, de me persécuter. »
Troublée, je relus deux fois les paragraphes et me rendis compte que l’on parlais du même mal avec les mêmes symptômes, les mêmes souffrances, les mêmes obsessions. Nous sommes contaminés, liés par la même bête, massive, envoûtante, sensuelle, intriguante. Je ne suis donc pas la seule à être obsédée. Je me suis demandé pourquoi une telle attirance pour un animal. Physiquement harmonieux, équilibré, moralement stable, réfléchi, naturellement curieux et sociable, le cheval a beaucoup d’atout pour lui. Il ne faut juste pas oublié qu’il pèse 350-400 kg en moyenne et nous dépasse largement de quelques têtes. Il est impressionnant et, sans remonter jusqu’à l’ère où l’homme l’a domestiqué, de nos jours, certaines personnes ont peurs et craignent l’animal. A tord, on le sait, puisqu’il craint plus qu’il n’impressionne.
Pour ma part, puisque chacun a son explication sur l’origine de sa passion, j’ai toujours été attirée par la communication, parfois complexe, et les rapports simples qui peuvent s’établir entre un animal et un humain. Nous sommes souvent prétentieux sur notre intelligence et la prenons donc en exemple. Certes, je ne remettrais pas en cause notre supériorité ou notre différence, là-dessus. Cependant, nous ne sommes pas les rois de la communication, quoi qu’on en fasse et qu’on en dise, et nous aimons faire les choses le plus vite possible sans prendre le temps suffisant de comprendre. Nous avons besoin d’explication et l’on ne cherche pas toujours à trouver par nous-même. Le cheval, tout être vivant qu’il est, n’échappe pas à la règle. Je ne suis pas une experte, loin de là et est beaucoup de chose à apprendre. Néanmoins, j’éprouve, et est toujours éprouvé, un immense plaisir à communiquer, à comprendre le fonctionnement d’un équidé. Comment vit-il, comment réagit-il, comment me faire comprendre de lui, comment le satisfaire et surtout je me suis souvent mis à sa place. Pour lui, nous ne sommes certainement que des bâtons avec des bras et des jambes qui hurlent et braillent sans cesse, gesticulent sans cohérence et de façon désordonnée, bref, très difficile à cerner… Et là, nous devons faire appel à notre intelligence pour se mettre à leur niveau pour se connaître et se comprendre. Le cheval est pacifiste et en tant que tel ne cherche pas la confrontation. C’est dans ce sens que nous nous devons d’essayer de se remettre en question lorsqu’une réponse a mal été donnée à l’une de nos demandes.
Bref, je ne peux m’étendre plus sur le sujet pour lequel il y aurait tellement de chose à dire. Cependant, je trouve dommage que des professionnels nous apprennent ce que notre bon sens pourrait instinctivement découvrir. Lors de mes premiers cours d’équitation, je venais au moins une heure avant ma leçon afin de faire connaissance avec le cheval que j’allais monter. J’en avais besoin pour me rassurer et lui aussi. Je prenais le temps de me présenter à lui, le penser, l’harnacher. Je ne concevais pas de ne pas faire ce minimum et je détestais monter un cheval sellé derrière quelqu’un d’autre. Puis, après le cours, je prenais un plaisir infini à m’occuper de lui, le soulager des compressions subis par le harnachement, lui doucher les membres pour le rafraîchir par grande chaleur, et summum du plaisir, prendre du temps pour l’emmener brouter de l’herbe qu’il n’avait pas grande occasion de savourer durant les mois d’été. Cela me paraissait tout naturel de le faire et pourtant bien d’autre n’y pensait même pas.
Aujourd’hui encore, j’aime prendre mon temps, au grand désarroi de mes amis cavalier qui, sans cesse, m’attendent, pour le confort de mon cheval mais aussi pour le plaisir de la complicité. Et l’on est vite récompensé lorsque ce même cheval, le grattant au garrot avec l’étrille, tourne sa tête vers moi, durci sa lèvre supérieure et se met à me gratter à son tour, n’y mettant jamais les dents. Parfois même, c’est lui qui me le demande, esquissant le geste vers mon bras pour que je le gratte là où il lui plaira. Instant de simple connivence, d’amitié sincère, plaisir divin, même si je n'aime pas forcément que l'on me gratte l’épaule ou le coup avec une râpe à fromage...
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